Nom de code: Aurélia Malgré des politiques publiques plutôt incitatives, l'intégration des téléactivités en entreprise reste discrète. Le développement du projet Aurélia pourrait marquer un tournant dans leur utilisation. Aurélia va avoir 6 mois mais sa conception aura pris plus de 2 ans (1). Véritable " bébé éprouvette, " Aurélia expérimente " grandeur nature " un projet innovant de téléenseignement avant son lancement dans le circuit privé. La phase pilote du projet a déjà permis à une population de 12 stagiaires résidant dans deux communes de l'arrière-pays de suivre à distance 150 heures de formation à l'anglais. Un partenariat rigoureux " L'innovation est plus d'ordre managériale que technique, " précise le Conseil Général. " Notre intérêt est de tester une architecture, le fonctionnement d'un projet multidimensionnel. Voir quels sont ses points forts ou ses lacunes pour le confier ensuite à une société privée qui le mettra sur le marché. " Le Conseil Général, pilote du projet, est appuyé par Digital Equipment qui a proposé sa solution logicielle multimédia de formation interactive à distance " Merlin. " France Télécom a apporté son soutien en terme d'investissement. " Il était primordial pour nous d'avoir dès le départ un utilisateur pour attester du bon fonctionnement d'Aurélia, " explique Valérie Pérotti de France Télécom. Intervient alors L'ANPE Cadre, grand utilisateur de formation professionnelle au bénéfice des cadres sans emploi. " Nous avons accepté de jouer le rôle du " client, " de l'utilisateur, à condition de devenir partenaires du projet à part entière, " commente Guy Durand, Conseiller Principal de l'Espace Cadre. " L'expérimentation devait prendre en compte nos besoins réels et nos conditions. " Conditions d'accessibilités du programme dans des zones où il n'y a pas de possibilité de formation professionnelle (L'ANPE Cadre déplore un déficit d'entrée en formation pour les personnes du haut pays) et condition d'accessibilité...financière. Comme le téléenseignement est une pratique traditionnellement coûteuse, le prix de revient du stage était l'objet de toutes les attentions. " La démarche est logique, " poursuit Guy Durand : " si on prend un client difficile comme l'ANPE et que le résultat est positif, on saura que l'outil est capable de s'adapter au marché de la formation professionnelle. " La société Audra Langues, chargée de l'élaboration d'une " classe virtuelle " et de son premier contenu de cours "CyberEnglish, " a effectué une brillante action de recherche et de développement pédagogiques : " Les nouvelles règles de fonctionnement en entreprise mettent l'accent sur l'entrepreneurship interne, sur le travail en équipes temporaires orientés vers des résultats précis, et en particulier sur " l'empowerment " de l'employé, auquel il incombe de gérer ses propres connaissances et habiletés de sorte à toujours être au devant des besoins. L'apprenant dispose aujourd'hui d'une diversité croissante de ressources via les nouvelles technologies de l'information. Il ne faudrait cependant pas confondre information et connaissance. En effet, l'accès à une base d'informations toujours plus étendue ne doit pas laisser croire que nous en savons davantage. C'est la capacité de traiter pertinemment ces informations, de les trier, de pouvoir les analyser et de les relier de façon significative, qui les transforme en de véritables connaissances. " Devenir des " télécadres " Totalement interactif, le programme " CyberEnglish " offre au public visé l'accès à un autre savoir basé sur le sien. En clair, la langue n'est pas la seule finalité de la formation. Bien sûr, l'anglais des stagiaires est perfectionné mais son enseignement sert de mise en situation progressive à un autre apprentissage : celui des téléactivités. Plus le stagiaire évolue dans les modules du cours, plus il apprend à utiliser les potentialités des téléactivités. La première partie du cours permet de connaître toutes les manipulations de la machine et son contenu prépare à une étude de cas faisant appel au groupware. Des groupes de travail sont alors constitués hors espaces géographiques. De stagiaire, l'individu devient téléacteur à part entière. Plébiscité par l'ensemble des partenaires et des stagiaires, " CyberEnglish" est parvenu à maintenir le lien pédagogique entre le formateur et les élèves, apaisant ainsi les craintes souvent inhérentes à l'adoption du téléenseignement. " Au lieu de couper les liens, Aurélia a permis à chacun d'avoir une relation privilégiée avec le professeur, " souligne Esther Cotte, stagiaire du site de Saint-Martin-Vésubie. " Je dirais même que les liens avec lui sont peut-être plus étroits que dans une salle de trente personnes " poursuit-elle. Garder le lien avec le prof mais aussi préserver les contacts entre les élèves. " La relation de groupe aussi a été maintenue, " se réjouit Danièle Sigaut, Directrice de l'Espace Cadre ANPE, en partie sans doute grâce à l'utilisation de " forums de discussion " et de " groupware. " Mieux encore, on a assisté à une véritable mutualisation des savoirs. En revanche, les freins dus au groupe comme la timidité, la peur de faire une erreur devant les autres, ont été éliminés. " Autre point de satisfaction de l'utilisateur : l'autonomie des participants. L'absence d'autorité semble avoir favorisé l'autoresponsabilité des stagiaires, tant en ce qui concerne la gestion administrative (heures de présence, sécurité des salles de cours) que celle de leur propre parcours d'apprentissage. Un phénomène certainement accentué par la catégorie socio-professionnelle des stagiaires : les cadres représentent un public " idéal, " habitué à se prendre en charge. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard s'ils ont été choisis pour l'expérimentation. " Si le télétravail ne s'est pas encore imposé aux entreprises, c'est avant tout un problème d'organisation. En fait, peu de cadres ont réellement besoin de rejoindre leur bureau tous les jours. Les entreprises n'ont tout simplement pas encore assez réfléchi aux potentialités des téléactivités, " explique Guy Durand. Dans une logique de développement économique, Aurélia prépare au télétravail ceux qui contribueront demain en interne à l'organisation des entreprises. Des contacts illimités A propos d'avenir comment les stagiaires voient-ils leur carrière au terme de l'expérience ? " En fait, Aurélia m'a donné une idée de projet d'entreprise basé justement sur les téléactivités et l'absence de limite du marché, " avoue Daniel, stagiaire du site de Breil-sur-Roya. " Mais avant tout, une démarche de faisabilité s'impose. " En général, les stagiaires sont conscients de leur " plus " mais aussi de ses limites. Ils ont inclus le télétravail dans leur recherche d'emploi, sans en faire une priorité car " les entreprises ne sont pas encore prêtes. " Leur conception du télétravail a évolué et leurs réticences se sont apaisées. Esther, mère de famille, conçoit aujourd'hui la possibilité de travailler depuis chez elle sans pour autant se " couper du monde." " En fait, c'est une façon de travailler illimitée dans le contact " s'enthousiasme Daniel. Souhaitons qu'une reprise d'activité rapide permette à ces " télé-cadres " de remplir pleinement leur nouveau rôle d'ambassadeurs auprès des entreprises. Elodie Fournier
1. La convention de partenariat a été signée le 26 décembre 1996 par le Conseil Général, France Télécom, Digital Equipment Corporation, l'ANPE et La Société Audra Langues |